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Read Ebook: L'Illustration No. 3658 5 Avril 1913 by Various

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Ebook has 1910 lines and 65589 words, and 39 pages

L'Illustration, No. 3658, 5 Avril 1913

AVEC CE NUM?RO La Petite Illustration CONTENANT LES FLAMBEAUX PI?CE EN 3 ACTES par M. Henry BATAILLE.

Ce num?ro contient: 1? LA PETITE ILLUSTRATION, S?rie-Th??tre n? 3: LES FLAMBEAUX, de M. Henry Bataille; 2? UN SUPPL?MENT ?CONOMIQUE ET FINANCIER de deux pages.

NOTRE NOUVEAU SUPPL?MENT ?CONOMIQUE ET FINANCIER

Un nouveau suppl?ment s'ajoute encore, ? partir d'aujourd'hui, ? nos pages d?j? si vari?es et si nombreuses.

TH??TRE ET ROMAN

COURRIER DE PARIS

LE PROBL?ME DU PORTRAIT

Enfin M. Blanche, c?t? peintre, faisait passer aux mod?les mondains, pendant deux colonnes de journal, le plus d?licieux et mauvais quart d'heure qu'il soit possible de traverser...

Tant et si bien qu'apr?s avoir, sans restriction, partag? sa fa?on de voir et de badiner ? ce sujet, il m'est venu des scrupules, tournant presque au remords, et, dans une lueur, je me suis avis? tout ? coup que peut-?tre en se pla?ant de l'autre c?t?, dans le camp des hommes insens?s et des femmes frivoles, dans la foule de cette humanit? ordinaire, bourgeoise et mondaine, qui a la faiblesse de vouloir se faire peindre et l'orgueil de s'adresser, dans ce but, aux ma?tres c?l?bres, je me suis imagin? que l'optique en ce cas pourrait bien changer et qu'il y aurait aimablement beaucoup d'excellentes petites choses ? dire dont il ne serait pas d?fendu ? quelques princes du pinceau de tirer profit.

Et la question de ressemblance, qui fait couler tant d'encre et de couleur! S'autorisant du peu d'envergure artistique de certains dignes messieurs, et de bonnes dames dont l'id?e fixe <> sur la toile, au point que leur petit chien lui-m?me, en les regardant, g?misse de joie et remue la queue, voil? qu'on en arrive tout doucement et sans douleur ? proscrire d'un portrait la ressemblance. Elle est l'ennemie de l'art. Esp?rer timidement la ressemblance, c'est avoir l'?me d'un photographe et t?moigner d'une platitude ?coeurante. On vous rit au nez et vous perdez toute consid?ration. <> La phrase, qui a l'air d'un mot de com?die moli?resque: <>, est devenue banale et ? pr?sent fait loi.

Il suffit, tranchent beaucoup de gens <>, que le peintre fasse <> un joli morceau pour que vous n'ayez rien ? dire. Et si, pr?s de la toile en face de laquelle vous ?tes nez ? nez, l'on s'extasie: <> pour vous demander ensuite par acquit de conscience: <> parce qu'on ne vous a pas reconnu, vous devez vous d?clarer enchant?, et c'est en vous excusant que vous r?pondrez: <> rougissant comme si, en vous nommant, vous faisiez honte au peintre et que vous lui en demandiez pardon.

HENRI LAVEDAN.

LA SOCI?T? AM?RICAINE D'AUJOURD'HUI ET CELLE DE DEMAIN

Parlons d'abord de la concurrence: elle est acharn?e et terrible. Elle vient surtout de l'Allemagne, qui compte aux ?tats-Unis 400.000 repr?sentants pour 30.000 Fran?ais. Les Allemands ?tant sur place prennent ais?ment <>. ? vrai dire, les modes invent?es ? Berlin ou ? Munich ne sont pas accept?es par l'aristocratie new-yorkaise: les fameux <> dont le cercle est ?troitement ferm?, et les nouveaux millionnaires, les puissants industriels qui forment une soci?t? neuve ? c?t? de cette ?lite, ont trop le souci d'imiter les arbitres du <> pour s'adresser ? d'autres couturiers que les n?tres. Mais la petite bourgeoisie commence ? se laisser persuader par les catalogues all?chants, les journaux de mode qui annoncent les nouveaut?s parisiennes et sont ?dit?s par des maisons germaniques. La vente de nos soies diminue. Nos modistes ont moins de commandes. L'<

> se fabrique meilleur compte ? Boston ou ? Baltimore. Et, malheureusement, les couturiers fran?ais semblent faire peu d'efforts pour maintenir le prestige utile de notre ?l?gance chez un peuple admirateur de toutes les traditions et qui estime en nous ce culte du bon ton et des belles mani?res, symbole, ? ses yeux, du plus glorieux pass?.

Je suis arriv? en Am?rique au moment m?me o? la plus curieuse ?volution risque de se produire. Evolution n'est pas le terme exact, car c'est en quelque sorte un retour vers les moeurs anciennes. Deux faits d'in?gale importance sont les prodromes de ce que je nommais le <>: la manifestation quasi officielle des suffragettes, l'arriv?e au pouvoir du pr?sident Wilson.

Les suffragettes?... Elles m'ont sembl?, en v?rit?, bien diff?rentes de celles qui font entendre ? Londres leurs voix si turbulentes. Elles ont organis? le 3 mars 1913, ? Washington, la veille de l'entr?e du pr?sident ? White-House, la plus singuli?re et la plus d?routante des processions. Un magnifique programme illustr?, r?pandu ? profusion, publiait, en m?me temps que les revendications f?minines, les photographies des plus notoires suffragettes . Il annon?ait aussi l'ordre dans lequel devait se d?rouler la parade. Et tout ?tait combin? ? merveille, avec cet esprit d'ordre et de m?thode qui caract?rise la race. Venaient d'abord, ? la suite de Mrs Richard Coke Burleson, la Grande Mar?chale, les officiers de la <> ayant ? leur t?te la pr?sidente, la r?v?rende Anna Howard Shaw, qui poss?de les plus hauts grades universitaires. Ensuite d?filaient les nations o? la femme a obtenu le droit de vote, celles o? elles sont bien pr?s de l'avoir et enfin celles o? elles ne l'ont pas encore. Apr?s quoi, c'?tait la grande cavalcade reconstituant l'historique de la cause f?ministe et repr?sentant les diverses carri?res dans lesquelles les femmes se sont distingu?es, depuis les infirmi?res militaires jusqu'aux nourrices, depuis les doctoresses jusqu'aux avocates, depuis les ?crivains et les professeurs jusqu'aux musiciennes et aux actrices. L'actrice se nommait miss Fola la Folette et poss?dait le plus d?licieux visage.

Et je vis, ce beau jour de printemps, le plus surprenant carrousel et la plus ?trange mascarade.

Il y avait des chars et des automobiles, de somptueux costumes, des ?tendards multicolores. Et que dira de la <> dirig?e par miss Genevi?ve Wimsatt, un adorable cow-boy? Les femmes am?ricaines montent ? cheval comme les hommes et sont d'intr?pides cavali?res. Les banderoles claquaient au vent pour ?taler la phrase fatidique: <>. La pr?sence de Mme Taft dans une tribune d'honneur donnait ? cette manifestation une apparence officielle. Mais la plupart des spectatrices me parurent plus amus?es que passionn?es par l'allure martiale des 6.000 suffragettes. M. Wilson entendra-t-il les appels des acharn?es lutteuses qui escomptent un changement de r?gime pour renverser <>?

Tout de m?me il y a quelque chose de tr?s s?rieux dans ce mouvement. Si certaines suffragettes ne voient dans les manifestations publiques qu'un pr?texte ? costumes originaux et ? plaisantes cavalcades, il en est d'autres qui travaillent avec une ?pre volont? pour le triomphe de leurs id?es. Beaucoup, comme Mrs Belmont, la m?re de la duchesse de Marlborough, appartiennent ? l'aristocratie. Et rien n'est plus tenace qu'une Am?ricaine pour qui la moindre occupation n'est qu'un moyen de prouver son ind?pendance. Enfin neuf ?tats sur trente-neuf ont accord? aux femmes le droit de vote. C'est un r?sultat.

Le 4 mars, j'assistai ? la parade en l'honneur de M. Wilson. La voiture qui contenait les deux pr?sidents passa au milieu d'une foule ?norme et enthousiaste. Le caract?re yankee est si prompt, si peu inquiet, que l'assistance sembla fort peu se pr?occuper de dissentiments politiques. Pour elle, le Pr?sident d'hier et le Pr?sident de demain--si diff?rents--repr?sentaient la nation et elle s'associa cordialement au geste de M. Wilson lorsqu'il salua avec noblesse le drapeau des ?tats-Unis .

Mais ce que je ne saurais oublier, c'est la bizarre chevauch?e des gouverneurs des ?tats, tous en redingotes et coiff?s de chapeaux hauts de forme, maintenant leurs coursiers bien en ligne, observant avec une gravit? imperturbable l'allure militaire. Derri?re eux, dans le m?me ordre merveilleux, d'autres cavaliers, les dignitaires civils en redingotes et en chapeaux hauts de forme, imitaient la d?marche s?v?re de leurs chefs de troupe.

D?s que cette somptueuse parade eut pris fin, j'observai dans les tribunes o? se trouvait r?unie la belle soci?t? de Washington un changement subit d'attitudes. On parla politique et j'entendis les dol?ances des r?publicains qui venaient d'assister au triomphe des d?mocrates.

C'est que l'av?nement de M. Wilson a une signification particuli?re. Et cette fois la belle confiance des Am?ricains a lieu d'?tre troubl?e. C'est en approchant les deux Pr?sidents que j'ai compris la tristesse soudaine et l'incertitude du monde des affaires. M. Taft m'avait fait l'honneur, deux jours avant son d?part de White-House, de m'accorder une audience priv?e. Notre ambassadeur, l'aimable M. Jusserand, qui est ? Washington le doyen du corps diplomatique, et M. Chandler Hale, secr?taire, d'?tat, avaient ?t? mes gracieux introducteurs. M. Taft m'accueillit avec une bonhomie cordiale et me parla de Paris et de la France. Il m'entretint avec admiration de l'oeuvre de la Croix-Bouge dont il avait re?u des d?l?gu?s quelque temps auparavant. Il me dit enfin que nous devions ?tre heureux d'avoir d?sormais ? la t?te de notre pays un homme aussi ?minent que M. Raymond Poincar?, dont la r?putation aux ?tats-Unis est immense. Ce prestige de M. Poincar?, je l'avais constat? d?j? dans la soci?t? new-yorkaise o? on le qualifie de <>. Puis M. Taft me questionna sur mes impressions d'Am?rique. Apr?s que je lui eus affirm? mon estime pour l'?nergie et la puissance d'une nation o? tout d?sir ambitieux se transforme en ?nergie utile, j'ajoutai que j'avais ?t? frapp? par l'antith?se des caract?res si pond?r?s, si acharn?s, si pr?cis, lorsqu'il s'agissait du labeur quotidien, du <> imp?rieux et dominateur, et si jeunes pourtant, si gais, si ?pris du luxe et du jeu. J'avouai que je trouvai un grand charme ? ce c?t? un peu fran?ais.

--Ainsi, dis-je, je suis toujours surpris lorsque je vois des hommes graves, des magistrats, des professeurs, des industriels c?l?bres, se livrer ? une danse endiabl?e, ? ce <>, le turkey-trot qui fait fureur en Am?rique.

Sous la pr?sidence de M. Wilson on ne dansera pas le <> ? White-House.

M. Wilson parle peu. On ne sait pas ce que pense M. Wilson. Et le monde des affaires qui appr?cie la discr?tion, accueillerait fort bien M. Wilson, s'il n'avait par ses premiers actes ?bauch? tout un programme qui l'effraie un peu.

Avec le Pr?sident de demain, le ferment puritain est revenu ? la surface des ?mes am?ricaines. Tout un parti s'exalte ? la pens?e de voir les moeurs s?v?res et rigoureuses d'autrefois renverser les id?es actuelles. Car ce puritanisme marque un retour vers l'esprit des premiers conqu?rants du Nouveau-Monde. Le peuple, surtout, est satisfait: il pressent sa revanche contre les brasseurs de millions. Et certains industriels, pour la premi?re fois, ne quitteront pas New-York au printemps, tellement les d?cisions pr?sidentielles sont faites pour leur permettre toute crainte. Songez donc! M. Wilson a refus? le bal traditionnel qui eut toujours lieu le soir de l'installation ? White-House; en outre, il proscrit le vin de sa table; il d?clare qu'il ne veut plus d'avant-sc?ne d'honneur au th??tre et que lorsqu'il va voir une pi?ce il entend que l'on supprime les tentures qui pourraient distinguer sa loge des autres; il prie les orchestres de ne jamais jouer l'hymne am?ricain lorsqu'il para?t; il d?sire n'?tre qu'un simple citoyen parmi le peuple. Et le peuple est ravi.

Mais c'est au tour des ?l?gantes am?ricaines d'?couter Mrs Wilson avec stupeur. Mrs Wilson bl?me les femmes qui d?pensent beaucoup d'argent pour leur toilette. Un budget minime doit suffire. Mrs Wilson et ses filles se contentent de consacrer 35 francs ? un corsage et 200 francs ? une robe. Tout budget f?minin qui exc?de 5.000 francs est exag?r?. Et les femmes des secr?taires d'?tat font chorus. Le gouvernement est ?conome, aust?re et pratique. Tout est chang?. Les ambassadeurs n'auront plus ? envisager les difficult?s d'un s?jour ? New-York. Le faste devient une mani?re d'inconduite. L'excentricit? est bannie des moeurs. Nous ne verrons plus partir de Paris ces scintillantes bottines mordor?es et les gants mauves ou roses qu'osaient, porter les jeunes misses ?mancip?es. On assure que la mis?re sera moins grande le jour o? les trusteurs cesseront d'?tre prodigues. Le monde des affaires s'en amuserait s'il n'?tait inquiet. Mais voici que M. Wilson renonce au yacht qui faisait la joie de ses pr?d?cesseurs. Et l'on s'effare. Les honneurs que M. Wilson repousse ne s'adressaient pas ? sa personne, mais au chef d'une nation. L'Am?rique puritaine ne sera plus la patrie des f?tes ruineuses ni des folles ?l?gances.

ANDR? DE FOUQUI?RES.

LES PETITES OUAILLES BLANCHES DE L'ABB? POPULAIRE

Midinettes sortant de l'?glise Saint-Roch apr?s le sermon de midi: la R?volt?e, la R?sign?e, la Bavarde, la Frivole, la R?veuse...

C'est une charmante et bienfaisante id?e qu'a eue un vicaire de la paroisse Saint-Roch, l'abb? Populaire, de convier en son ?glise, pour une <> sp?ciale, employ?e ? de courts sermons familiers, <>. A midi, l'atelier a entr'ouvert ses portes et a laiss? s'?chapper toutes ces petites laborieuses, qui emplissent la rue d'un joyeux tumulte... Mais la libre fl?nerie est parfois mauvaise conseill?re, et les gens d'exp?rience assurent qu'elle ne conduit ni ? la sagesse ni au bonheur. Les quelque vingt minutes qu'elles lui consacraient, le pr?dicateur de Saint-Roch les a r?clam?es, pendant neuf jours, pour ses conf?rences. Vingt minutes, ce n'est gu?re! Mais il n'en faut point davantage pour faire m?diter ces jeunes ?mes, si frivoles en apparence, et si accessibles pourtant ? la claire raison, et qui retrouvent avec tant de facile simplicit? la foi de l'enfance.

La <> a commenc? la semaine derni?re. Dans la salle des cat?chismes qui leur avait ?t? r?serv?e, elles se pressaient, un peu ?mues sans doute, offrant par avance aux admonestations leurs t?tes brunes et blondes. Pour ses d?buts, le pr?tre les mit en garde contre les dangers de l'imagination, qui est, affirma-t-il, funeste aux jeunes filles. Apr?s avoir ainsi gourmande, tr?s paternellement, les R?veuses, l'abb? Populaire parla tour ? tour, dans les conf?rences qui suivirent, des Frivoles, des Bavardes, des R?sign?es, des R?volt?es et des D?chues. Et chacune re?ut la petite le?on qu'elle m?ritait.

Les voici toutes, au sortir de l'?glise, celles ? qui l'excellent pr?dicateur vient de dire leurs v?rit?s. Elles emportent avec elles la bonne parole, qui sans doute les rendra meilleures. Et, quand elles auront regagn? l'atelier, les heures de travail leur para?tront plus l?g?res.

A JANINA

Pour compl?ter notre int?ressante documentation sur la prise de Janina, nous ajoutons aujourd'hui aux notes et aux photographies de M. Jean Leune, publi?es dans notre dernier num?ro, cette page illustr?e sur les lendemains de la victoire grecque. Ce sont encore, avec deux croquis rapides, par M. Jean Leune, des d?fenseurs de Janina, le g?n?ral Essad pacha et le colonel Vehib bey, des photographies envoy?es par notre intr?pide correspondant ? l'arm?e d'Epire. Voici le groupe sympathique et bien fran?ais que forment notre consul ? Janina, M. Dussap et sa femme, connue en litt?rature sous le nom de Guy Chantepleure, deux vaillants qui, par leur attitude ferme et courageuse, ont su, ? certains moments difficiles, imposer aux soldats turcs exasp?r?s le respect de la population grecque de la ville. Nos documents du bas de la page montrent des pi?ces de l'artillerie turque broy?es sur la forte colline de Bizani, et constituent une sorte de bas-relief pour ce document de tableau d'histoire: le h?ros du jour, le Diadoque, assistant, sur un tr?ne improvis?, ? la c?r?monie rituelle que les musulmans soumis c?l?brent en l'honneur de leurs nouveaux ma?tres.

DE SALONIQUE AU PIR?E.

Pendant le d?barquement du cercueil du roi Georges que continuaient de porter les princes de la famille royale, les batteries tir?rent des salves. Le corps fut, comme ? Salonique, plac? sur un aff?t de canon. Les deux reines et les princesses mont?rent dans les voitures. Le roi suivit le cercueil que pr?c?dait le saint-synode et que tra?naient sur son aff?t les marins hell?nes. Derri?re le nouveau souverain venaient les princes, le ministre luth?rien, les ministres, les consuls ?trangers, toutes les autorit?s civiles et militaires.

Au d?barcad?re et sur tout le trajet, on avait arbor? les couleurs fun?bres, blanc et mauve. Des oriflammes flottaient au vent, portant le monogramme du roi en or, surmont? de la couronne.

A la gare, un wagon mortuaire peint en blanc avec des bandes mauves lat?rales re?ut le corps du souverain et, lorsque le train sp?cial s'?branla pour se diriger sur la capitale, les canons des navires ?trangers ancr?s au Pir?e tir?rent, en m?me temps que les batteries grecques, les salves de salut.

A Ath?nes, le cort?ge se rendit, au milieu d'une affluence ?norme, ? la cath?drale tapiss?e de couronnes, o?, apr?s une c?r?monie religieuse, le cercueil a ?t? d?pos? dans une chapelle, en attendant le jour des fun?railles solennelles.

LA PRISE D'ANDRINOPLE

La chute d'Andrinople, si longtemps, si fi?vreusement attendue ? Sofia, peut ?tre c?l?br?e par les Bulgares comme une belle et glorieuse victoire, mais elle ne met pas n?cessairement fin ? la guerre. Des trois points o? les arm?es adverses de Thrace se trouvaient face ? face, Boula?r, Tchataldja, Andrinople, ce dernier est le seul dont la conservation ne semblait pas d'un int?r?t vital pour les Ottomans. La perte des lignes de Tchataldja e?t livr? Constantinople au vainqueur; l'occupation de la p?ninsule de Gallipoli e?t permis ? la flotte grecque de p?n?trer dans la Marmara et de bombarder Stamboul ? revers; avec Andrinople, les Turcs ne voient dispara?tre qu'un gage pr?cieux pour les n?gociations de paix et la capitulation de Choukri pacha, quoiqu'elle lib?re d'importants contingents alli?s, modifie moins la situation strat?gique que la situation morale au pr?judice de la Turquie.

Pour les Bulgares, quel soulagement! C'est l'?pine qu'on s'arrache du pied, le cauchemar persistant qui se dissipe. De m?me que la r?sistance de Port-Arthur g?na, pendant toute l'ann?e 1904, le haut commandement japonais sur le Chaho; de m?me la pr?sence, sur sa ligne de communications, de la forteresse ennemie, a entrav? constamment les op?rations du g?n?ral Savof.

L'ATTAQUE ET LA D?FENSE

Trois m?thodes s'offrent ? l'assi?geant pour s'emparer d'un camp retranch?: l'attaque de vive force, le si?ge r?gulier, l'investissement. L'attaque de vive force consiste ? concentrer sur un ou plusieurs points de la ligne de d?fense un feu intense, ? la faveur duquel l'infanterie se lance ? l'assaut des ouvrages. Le si?ge r?gulier permet de s'approcher de la place lentement, par une avanc?e constante, en creusant une tranch?e profonde qui se dirige en zigzag vers la ligne de d?fense; les travailleurs y progressent peu ? peu, ? l'abri du canon de la place; on parvient ainsi jusqu'aux forts qu'on peut d?truire par la mine. Par l'investissement on se contente d'entourer la ville, de l'isoler, et on compte sur la famine pour l'obliger ? capituler; c'est le proc?d? le moins on?reux, mais aussi le moins rapide.

L'arm?e bulgare ?tait assez mal outill?e pour entreprendre un si?ge r?gulier. Ses troupes techniques--sapeurs, mineurs, artificiers--sont peu nombreuses et de qualit? m?diocre, s'il faut en croire certains t?moins oculaires, notamment notre collaborateur A. de Penennrun. D'ailleurs le terrain argileux des environs d'Andrinople se pr?te mal aux terrassements; les pluies diluviennes de l'automne ne s'infiltrant pas dans le sol, les tranch?es restent inond?es; puis, lorsque les gel?es arrivent, le travail de sape devient encore plus dur et plus p?nible. D'autre part, l'artillerie de si?ge de l'arm?e bulgare ne compte que des pi?ces de calibre moyen, 150 et 120mm dont un grand nombre d'un mod?le archa?que. Pas une pi?ce de 20cm, pas un mortier. A l'artillerie de campagne sont all?s tous les cr?dits disponibles; on a n?glig? le mat?riel lourd. Aussi la t?che impos?e au g?n?ral Ivanof, charg? des op?rations du si?ge avec un personnel de pionniers insuffisant et un mat?riel m?diocre, paraissait fort ingrate.

Il est vrai que le camp retranch? d'Andrinople ne pr?sentait pas sur tout son d?veloppement des d?fenses ?galement redoutables. Si les forts du secteur nord-ouest r?pondent ? toutes les exigences de la guerre moderne, en revanche ceux du secteur est sont plus anciens et ne contiennent pas d'abris b?tonn?s; enfin, dans le secteur ouest et le secteur sud, les positions naturelles tr?s solides n'ont ?t? renforc?es que sommairement par des redoutes de terre. L'infanterie et l'artillerie de campagne ottomane suffisaient amplement ? la d?fense de toute la ligne; quant ? l'artillerie lourde de Choukri pacha, elle ?tait tr?s sup?rieure ? celle des assi?geants.

LES PHASES SUCCESSIVES DU SI?GE

Lorsque les arm?es bulgares envahirent la Thrace, la 8e division descendant la Maritza, la 3e marchant du nord au sud converg?rent sur Andrinople. A cette p?riode des hostilit?s il s'agissait de masquer la forteresse avec le moins de troupes possible afin de consacrer le maximum des effectifs ? la lutte contre l'arm?e de campagne ennemie. L'investissement ne fut d'abord confi? qu'? deux divisions et ? une brigade de cavalerie qui suffirent ? refouler les reconnaissances de Choukri pacha sur la ligne des forts et ? rejeter ensuite dans la place une grosse colonne qui tentait de rejoindre l'aile gauche d'Abdullah pacha, engag?e contre la 1re arm?e bulgare ? S?liolou. L'arriv?e d'une division nouvellement form?e, puis d'unit?s serbes, permit, vers le 12 novembre, de compl?ter l'encerclement d'Andrinople et de la couper de toute communication avec l'ext?rieur. A ce moment deux divisions serbes, celles du Timok et du Danube , tenaient les secteurs ouest et nord-ouest; les 8e et 11e divisions bulgares, plus la brigade de r?serve de la 9e division, formaient la ligne de blocus des secteurs est et sud.

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